Et si le clitoris ne servait pas uniquement au plaisir ?
Cet organe aux multiples terminaisons nerveuses doit bien servir à quelque chose… Il a forcément une utilité autre que le plaisir sexuel. C’est tout le but de cette étude et la question posée par une récente étude menée par la sexologue Manon Bestaux au CHU de Rouen. Longtemps réduit à sa seule dimension érogène, le clitoris intrigue aussi par sa structure : un organe richement innervé, dense, complexe. Et forcément, une question s’impose chez les scientifiques, presque instinctive : et s’il avait d’autres fonctions ? C’est précisément l’hypothèse explorée dans cette recherche clinique menée entre 2020 et 2023 au sein du service de gynécologie-obstétrique du CHU de Rouen.
32 femmes enceintes ont participé à l’étude, testant un dispositif de stimulation externe, similaire au galet vibrant YESforLOV, dans un objectif très précis : évaluer un potentiel effet analgésique du clitoris en contexte de douleur.
Ici, pas question de sexualité, mais plutôt de relaxation et de gestion de la douleur.
Les résultats sont particulièrement remarquables. Sur 304 épisodes douloureux observés, 86,2 % ont montré une amélioration de la perception de la douleur. Les douleurs concernées étaient variées : contractions, douleurs abdominales, lombaires, dorsales, thoraciques, mais aussi d’autres douleurs plus diffuses. Après l’accouchement, certaines participantes ont également rapporté un soulagement des douleurs post-partum, notamment celles liées aux suites de couches et au début de l’allaitement. D’autres ont poursuivi l’utilisation dans des contextes de douleurs menstruelles ou d’endométriose.
Sur Instagram, notre communauté s’est déchaînée avec plus de 250 commentaires illustrant cet effet perçu sur la douleur.
Quelques témoignages :
« Ça soulage les maux de tête, diminue considérablement les migraines, et les douleurs liées à la cystite. Ça m’aide aussi à m’endormir les soirs d’insomnie. »
« Maladie chronique provoquant des crises douloureuses articulaires et ligamentaires, déjà testé et approuvé. J’ai même conseillé à mes amies enceintes de s’en servir contre la douleur. »
« Je suis atteinte d’une maladie immuno-neurologique complexe, très douloureuse. Cette stimulation douce me permet une forme d’auto-hypnose et m’aide à gérer la douleur au quotidien. »
« Utilisé pour gérer mes contractions à l’accouchement, mais aussi pour les règles, les maux de tête, les coups de blues, ou même pour me recentrer. »
Une première exploration scientifique, complétée par des retours d’expérience, qui suggère un effet analgésique potentiel indépendant de la dimension sexuelle. Une piste encore émergente, mais qui ouvre une question fascinante : et si le clitoris n’était pas seulement un organe du plaisir… mais aussi un acteur encore sous-estimé du bien-être corporel ?
Et si le clitoris avait aussi un rôle dans la reproduction ?

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Une hypothèse longtemps absente des discours scientifiques, presque inconcevable au regard de son histoire… surtout après des siècles où il a été relégué à un organe “sans utilité”. Car rappelons-le : pendant longtemps, le clitoris a été présenté comme un simple organe du plaisir, voire comme une structure secondaire du corps féminin, sans fonction biologique réelle. Une lecture réductrice, qui a contribué à son effacement progressif des savoirs médicaux. Aujourd’hui, cette vision est à nouveau questionnée. Dans une revue de littérature publiée dans Clinical Anatomy, le chercheur britannique Roy Levin explore une idée dérangeante pour les anciennes certitudes : et si le clitoris ne se limitait pas au plaisir, mais participait aussi indirectement au processus reproductif ? Longtemps réduit à une lecture simplifiée de sa fonction, cet organe est aujourd’hui réinterrogé à la lumière de la physiologie sexuelle et reproductive.
Selon cette approche, la stimulation clitoridienne ne se limiterait pas à une expérience sensorielle. Elle déclencherait une cascade de réponses neurophysiologiques impliquant le cerveau et l’ensemble de l’appareil génital féminin. Ces mécanismes contribueraient à modifier l’environnement vaginal et cervical lors de l’excitation.
Comme l’explique notre sexologue Myriam dans notre vidéo Instagram “Le clitoris ne sert pas qu’au plaisir”, et en s’appuyant sur des travaux publiés dans Clinical Anatomy, l’activité cérébrale liée à l’orgasme induirait des changements physiologiques : variations de l’oxygénation vaginale, adaptation de l’acidité, et conditions potentiellement plus favorables à la mobilité et à la survie des spermatozoïdes.
Dans cette dynamique, le corps n’est pas passif. Il s’ajuste, il répond : le flux sanguin évolue, la lubrification s’adapte, et l’environnement interne se transforme temporairement. L’intérêt de ces observations est central : la stimulation clitoridienne pourrait s’inscrire dans un processus biologique plus global, lié à la reproduction, et non uniquement au plaisir. Une perspective qui invite à reconsidérer un récit longtemps dominant : celui d’un organe périphérique, sans véritable fonction autre que sensorielle.
Au-delà des débats scientifiques et du rôle du clitoris dans les mécanismes biologiques, sensoriels et sexuels, une conclusion s’impose sans ambiguïté : les mutilations sexuelles féminines, et notamment l’ablation du clitoris, doivent être sévèrement condamnées. Au-delà de la violence infligée et de cette forme de barbarie, elles représentent une atteinte profonde à l’intégrité du corps féminin, avec des conséquences durables sur la santé sexuelle, intime et globale.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 230 millions de filles et de femmes vivantes aujourd’hui ont subi des mutilations génitales féminines dans une trentaine de pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie, où ces pratiques existent encore. Un chiffre vertigineux, qui rappelle une réalité simple mais essentielle : ce que la science redécouvre aujourd’hui sur le clitoris, certaines sociétés continuent encore de le nier ou de l’effacer dans la chair.